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Cyberattaque Cegedim : quinze millions de patients, ce qu'il faut savoir

Secrecy team
18 août 2026
/
Quelles données ont fuité, qui est touché et quels réflexes adopter après la cyberattaque du logiciel MLM édité par Cegedim Santé ?

Révélée au grand public le 26 février 2026, la fuite de données issue du logiciel MonLogicielMedical édité par Cegedim Santé compte parmi les plus vastes jamais constatées en France dans le secteur de la santé. Voici ce que l'on sait précisément des données exposées, qui est touché, et quels réflexes adopter.

En bref

Une cyberattaque contre le logiciel MonLogicielMedical (MLM), édité par Cegedim Santé et utilisé par environ 3 800 médecins généralistes en France, a exposé les données d'environ 15,8 millions de dossiers patients. Les faits remontent à la fin de l'année 2025 : l'éditeur indique avoir identifié un comportement anormal de requêtes applicatives sur des comptes de médecins utilisateurs, et a déposé une plainte pénale en octobre 2025. L'affaire n'a été révélée au grand public que le 26 février 2026, lors d'un reportage au journal de 20 heures de France 2. Un point essentiel pour comprendre la portée réelle de l'incident : les données exposées sont majoritairement administratives — noms, prénoms, dates de naissance, coordonnées postales, téléphoniques et électroniques. Selon le ministère de la Santé, environ 164 000 à 169 000 dossiers contiennent en outre une annotation personnelle rédigée par le médecin en texte libre, susceptible de comporter des informations sensibles. Les dossiers médicaux structurés, les prescriptions et les résultats d'examens biologiques ne seraient pas concernés. Environ 1 500 médecins sur les 3 800 utilisateurs du logiciel sont touchés.

Ce qui a été exposé, et ce qui ne l'a pas été

La distinction entre données administratives et données médicales structurées est déterminante pour évaluer le risque réel. Les informations exposées à grande échelle relèvent du dossier administratif du patient : identité, coordonnées de contact, date de naissance. Ces données, bien que personnelles, ne révèlent pas d'informations sur l'état de santé.

Le point de vigilance se situe ailleurs. Le logiciel MLM comporte un champ de commentaire administratif en texte libre, dans lequel un médecin peut noter une information contextuelle. L'éditeur reconnaît que ce champ a pu contenir, pour un nombre limité de patients, des annotations portant sur des informations sensibles. Le ministère de la Santé a chiffré cette catégorie à environ 164 000 dossiers, tout en précisant qu'il ne s'agit pas nécessairement de données de santé au sens strict. C'est cette zone grise qui concentre le risque le plus élevé pour les personnes touchées, en raison du potentiel de stigmatisation qu'une annotation de ce type peut représenter.

Enfin, selon les éléments communiqués par les autorités, ni les prescriptions, ni les résultats d'examens biologiques, ni les dossiers médicaux structurés n'ont été affectés.

La chronologie, et la question du délai d'information

L'un des aspects les plus commentés de cette affaire concerne le décalage entre la détection de l'incident et l'information des personnes touchées. Cegedim Santé situe la détection à la fin de l'année 2025 et a déposé plainte en octobre 2025. Les médecins utilisateurs n'ont, selon plusieurs témoignages relayés par la presse médicale, été contactés qu'en janvier 2026, soit environ trois mois après les faits. Les ministres concernées indiquent pour leur part n'avoir été informées que le 26 février 2026, le jour même de la révélation médiatique.

Cette chronologie a nourri des critiques sur la gestion de crise, le RGPD imposant au responsable de traitement une notification à l'autorité de contrôle dans les meilleurs délais et, si possible, dans un délai de 72 heures après la prise de connaissance d'une violation. Elle illustre également une difficulté structurelle : lorsqu'un incident survient chez un éditeur de logiciel, l'information doit traverser plusieurs niveaux — éditeur, médecins responsables de traitement, puis patients — avant d'atteindre les personnes réellement touchées.

Un exemple concret : que faire si votre médecin utilise ce logiciel

Prenons le cas d'une personne suivie par un médecin généraliste utilisant MonLogicielMedical. Cette personne n'a probablement aucun moyen de savoir, d'elle-même, quel logiciel utilise son praticien. Le réflexe utile consiste donc à interroger directement son cabinet, qui a normalement reçu de l'éditeur des éléments d'information destinés aux patients. Concrètement, même si les données concernées sont administratives, elles suffisent à alimenter des tentatives d'hameçonnage ciblé : recevoir un message mentionnant votre nom, votre date de naissance et le nom de votre médecin rend une escroquerie bien plus crédible. La vigilance porte donc moins sur le contenu médical que sur les sollicitations frauduleuses qui pourraient exploiter ces informations dans les mois à venir.

Cadre réglementaire : les obligations en jeu

Une violation de données de santé engage plusieurs obligations distinctes. Le RGPD impose au responsable de traitement de notifier l'incident à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, dans les 72 heures suivant sa prise de connaissance, et d'informer individuellement les personnes lorsque la violation présente un risque élevé pour leurs droits et libertés. Dans une configuration comme celle-ci, la répartition des rôles est un point juridique central : les médecins utilisateurs du logiciel sont responsables de traitement pour les données de leurs patients, tandis que l'éditeur agit en qualité de sous-traitant, tenu d'alerter ses clients dans les meilleurs délais.

Cette architecture de responsabilités explique pourquoi les médecins ont reçu des instructions leur demandant de procéder eux-mêmes aux déclarations réglementaires : la responsabilité de la notification et de l'information des patients leur incombe en tant que responsables de traitement, même lorsque l'incident technique trouve son origine chez leur prestataire (source : CNIL, page « Violations de données personnelles : les règles à suivre », cnil.fr).

Les erreurs à éviter

  • Croire que son dossier médical complet a été publié. Les données exposées sont majoritairement administratives ; les dossiers médicaux structurés, prescriptions et résultats d'examens ne seraient pas affectés.
  • Sous-estimer le risque lié aux données administratives. Nom, date de naissance, coordonnées et identité du médecin traitant suffisent à rendre une tentative d'hameçonnage très crédible.
  • Répondre à un message non vérifié se réclamant de votre médecin ou de l'Assurance Maladie. Vérifiez toujours par un canal connu avant de communiquer la moindre information.
  • Pour les médecins : considérer que l'éditeur gère seul les obligations réglementaires. Le praticien reste responsable de traitement et doit assumer ses propres démarches de notification et d'information.
  • Pour les établissements et cabinets : négliger l'audit de ses prestataires logiciels. Cet incident rappelle que la surface de risque s'étend à l'ensemble des éditeurs et sous-traitants techniques.

Ce qui se joue d'ici 3 à 5 ans

Cette affaire s'inscrit dans une série d'incidents visant non pas directement les structures de soins, mais leurs prestataires techniques. Cette tendance devrait renforcer les exigences pesant sur les éditeurs de logiciels métier en santé, avec une attention accrue des autorités sur la sécurisation des comptes à privilèges, la détection des comportements anormaux et la rapidité de notification.

Sur le plan architectural, cet incident illustre l'intérêt d'une conception où les données restent chiffrées de bout en bout, y compris vis-à-vis de l'éditeur du logiciel : dans un modèle où seul le cabinet détient les clés de déchiffrement, une extraction de données côté serveur n'exposerait plus d'informations lisibles, ce qui réduirait considérablement l'impact d'une compromission de ce type.

Conclusion

Message clé : l'ampleur du chiffre — 15,8 millions — porte sur des données administratives, pas sur des dossiers médicaux ; le vrai risque immédiat pour les patients est celui de l'hameçonnage ciblé, pas celui de la divulgation de leur état de santé.

Pour un patient, la réaction proportionnée consiste à rester vigilant face aux sollicitations non sollicitées et à interroger son cabinet médical, plutôt qu'à s'alarmer sur la publication supposée de son dossier de soins.

FAQ

Mon dossier médical a-t-il été publié sur internet ? Selon les éléments communiqués par l'éditeur et les autorités, les dossiers médicaux structurés, prescriptions et résultats d'examens biologiques ne sont pas concernés : les données exposées sont majoritairement administratives.

Quelles données ont réellement fuité ? Principalement des données d'identité et de contact : noms, prénoms, dates de naissance, adresses postales, numéros de téléphone et adresses électroniques.

Que sont les 164 000 dossiers « sensibles » évoqués ? Il s'agit de dossiers comportant une annotation personnelle rédigée par le médecin dans un champ de commentaire en texte libre, susceptible de contenir une information sensible sans être nécessairement une donnée de santé au sens strict.

Comment savoir si je suis touché ? Interrogez directement votre cabinet médical : environ 1 500 médecins sur les 3 800 utilisateurs du logiciel MLM sont touchés, et les praticiens ont reçu des éléments d'information destinés à leurs patients.

Que dois-je faire concrètement ? Restez vigilant face aux messages non sollicités mentionnant vos données personnelles, ne cliquez sur aucun lien suspect, et vérifiez toute demande d'information par un canal officiel connu.

Qui est responsable au regard du RGPD ? Les médecins utilisateurs sont responsables de traitement pour les données de leurs patients, tandis que l'éditeur agit en qualité de sous-traitant, ce qui explique que les praticiens aient dû effectuer eux-mêmes les déclarations réglementaires.

Pourquoi l'information est-elle arrivée si tard ? Les faits remontent à fin 2025, les médecins ont été informés en janvier 2026 et le grand public le 26 février 2026 : ce décalage a suscité des critiques au regard du délai de notification de 72 heures prévu par le RGPD.

L'essentiel à retenir

Une cyberattaque survenue fin 2025 contre le logiciel MonLogicielMedical de Cegedim Santé a exposé environ 15,8 millions de dossiers administratifs de patients, dont environ 164 000 comportant une annotation en texte libre potentiellement sensible. Environ 1 500 médecins généralistes sur 3 800 utilisateurs sont touchés. Les dossiers médicaux structurés, prescriptions et résultats d'examens ne seraient pas concernés. Le principal risque pour les patients est celui de l'hameçonnage ciblé exploitant les données d'identité exposées.

À garder en tête

Si votre médecin utilise MonLogicielMedical, demandez-lui les éléments d'information transmis par l'éditeur, restez attentif aux messages non sollicités mentionnant vos données personnelles ou le nom de votre praticien dans les mois qui viennent, et signalez toute tentative d'escroquerie sur la plateforme officielle dédiée.

Le chiffre de 15,8 millions porte sur des dossiers administratifs, pas sur des dossiers médicaux : la nuance change la nature du risque.

Quand l'incident survient chez l'éditeur, c'est pourtant le médecin qui reste responsable de traitement vis-à-vis de ses patients.

Des données d'identité suffisent à rendre une tentative d'hameçonnage crédible : le risque ne se limite pas au contenu médical.

Pour expliquer simplement

Imaginez un cabinet médical dont on aurait dérobé, non pas les dossiers de soins rangés dans l'armoire fermée, mais le fichier des coordonnées de la salle d'attente : noms, adresses, téléphones, avec parfois une note manuscrite en marge sur un post-it. Les informations médicales détaillées restent à l'abri, mais la liste dérobée suffit à quelqu'un de malintentionné pour vous contacter en se faisant passer, de manière très crédible, pour votre cabinet.

Pour les équipes techniques

Pour un éditeur de logiciel métier en santé, cet incident concentre plusieurs enseignements techniques. Le vecteur décrit par Cegedim — un comportement anormal de requêtes applicatives sur des comptes de médecins utilisateurs — pointe vers une exploitation de comptes légitimes plutôt que vers une faille d'infrastructure, ce qui replace au premier plan la détection comportementale (volumétrie inhabituelle de requêtes par compte, extraction massive hors des schémas d'usage habituels) et le renforcement de l'authentification des comptes à privilèges. Le champ de commentaire en texte libre constitue un second enseignement structurel : dès lors qu'un champ non structuré peut accueillir des informations sensibles, il doit être traité avec le même niveau de protection que les données de santé structurées, y compris en matière de chiffrement et de contrôle d'accès. Enfin, une architecture où le chiffrement est appliqué côté client, avec des clés détenues par le cabinet plutôt que par l'éditeur, aurait limité l'exploitabilité d'une extraction réalisée depuis l'infrastructure de l'éditeur, même via des comptes compromis.

Pour aller plus loin

  • CNIL — Violations de données personnelles : les règles à suivre : https://www.cnil.fr/fr/violations-de-donnees-personnelles-les-regles-suivre
  • Cybermalveillance.gouv.fr — Signaler et se protéger après une fuite de données : https://www.cybermalveillance.gouv.fr
  • Assemblée nationale — Question écrite n° 13530 sur les données médicales piratées : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE13530